L’imbroglio Assange
Here is an article I published:
Le fondateur de Wikileaks se trouve dans une situation de plus en plus rocambolesque et kafkaïenne, et il devient difficile d’en saisir toutes les nuances. Toutefois des éléments sans précédent sont à souligner et à retenir tant cette affaire soulève les passions.
L’actualité a été pleine de rebondissements pour Julian Assange ces derniers jours. On a frôlé la crise diplomatique internationale, son arrestation au beau milieu de la nuit, l’asile politique demandé auprès de l’embassade Equatorienne de Londres lui a été accordé et il a donc -pour l’instant- obtenu un répis non préjudiciable dans cette affaire dans laquelle la démesure n’a pas d’égal.

Cependant, dans toutes ces péripéties de haute voltige à dimension internationale, non seulement la presse n’a pas joué son rôle, mais elle a amplifié les mensonges et approximations, comme il est désormais coutume lorsque l’on aborde le sujet Assange.
L’extradition à tout prix
Tout d’abord, Julian Assange n’a pas demandé l’asile politique pour éviter une extradition vers la Suède. Il l’a toujours affirmé: il veut obtenir des assurances de la part des autorités Suédoises qu’il ne sera pas ensuite extradé aux États-Unis. La Suède n’a pas souhaité lui offrir cette garantie, malgré plusieurs requêtes.
Voici ce que Jennifer Robinson, une des avocates de Julian Assange a déclaré:
“Nous sommes très concernés par l’éventualité d’une extradition vers les États-Unis.Il suffit de voir le traitement qui a été réservé à Bradley Manning. Il est détenu en attente d’un procès depuis plus de deux ans, dans des conditions que le rapporteur spécial aux Nations Unies à qualifié de torture.” (1)
Baltazar Garzon, qui a récemment choisi de défendre Julian Assange, a quant à lui commenté: “\[Assange\] n’a jamais refusé de répondre aux Suédois, il demande simplement des garanties qu’il n’a pas obtenues.” (2)
Vient ensuite le zèle avec lequel les autorités Anglaises et Suédoises ont poursuivi leurs démarches. Dans un reportage récent de la chaîne ABC en Australie, Julian Assange a révélé quelques éléments troublants lors d’un court entretien téléphonique avec le présentateur:
“Oui il y a eu un certains nombres d’éléments inquiétants qui se sont déroulés juste avant (qu’il ne se réfugie à l’ambassade Équatorienne de Londres) Tout d’abord, le gouvernement Suédois à annoncé publiquement vouloir me détenir sans inculpation dans des conditions difficiles.(sic) Le même soir, l’entreprise privée chargée par le gouvernement Anglais de la maintenance de mon bracelet électronique a débarqué à l’improviste à 22h30, insistant vouloir m’en attacher un deuxième, prétextant qu’il s’agissait là d’une procédure de routine. Le lendemain, le Crown Prosecution Service, agissant nous le pensons pour le compte du gouvernement Suédois, a demandé à ce que la période pendant laquelle je peux faire appel auprès de la cour Européenne des droits de l’homme soit réduite de 14 jours à aucun.” (1)
Alors que les autorités Suédoises se refusent à fournir quelque assurance que ce soit d’une extradition subséquente vers les États-Unis, il est important de noter que les autorités Américaines se sont refusées également à tout commentaire.
Il a pourtant été découvert qu’un grand jury a été composé dans le plus grand secret, dans l’état de Virginie.
La chaîne ABC (Australienne), après l’obtention d’une copie de l’ordonnance de comparution, a demandé à Michael Ratner, président du centre pour les droits constitutionnels, son expertise sur ce document:
“Il y a un grand jury qui siège à Alexandrie, en Virginie, et le numéro du grand jury, ce qui est intéressant, comporte la nomenclature 10GJ3793, 10 étant l’année à laquelle cette enquête à commencé, GJ étant pour Grand Jury et ensuite nous avons le chiffre 3793. Le chiffre 3 est pour la loi fédérale sur les complots. 793 pour la loi fédérale sur l’espionnage. 3793 est donc ce pourquoi ils enquêtent: conspiration pour commettre un complot d’espionnage.”(1)
Les États-Unis se sont donc affairés, depuis plus de deux ans, à rassembler des pièces incriminantes contre Julian Assange et son groupe Wikileaks, en vue de le poursuivre. Certains hauts fonctionnaires Américains ont même annoncé publiquement qu’il devrait être abattu par la CIA.
L’origine des plaintes déposées
Le 11 août 2010, Julian Assange se rend en Suède, en partie pour explorer la possibilité d’y établir une base pour Wikileaks, car les pressions exercées par les Etats-Unis sur le gouvernement Islandais, où était jusqu’alors installée l’organisation, rendent leur travail impossible. Il est également invité à une conférence de la Fraternité Suédoise (Swedish Brotherhood, affilié au parti social-démocrate ).
Durant sa visite à Stockholm, Assange est hébergé par Anna Ardin, chargée de communication du Swedish Brotherhood. Elle met son appartement à sa disposition, devant être absente. Mais elle revient le Vendredi 13 août(3), et passe la nuit avec Assange, Ils auront une relation sexuelle.
La conférence se déroule le lendemain, le samedi 14 août. Il y rencontre Sofia Wilen, une amie d’Anna Ardin. Ils passeront quelques heures ensemble, avant qu’elle ne rentre chez elle à Enköping, situé à 80 km de Stockholm. Assange rejoint Anna Ardin, car ils sont invités à une fête.
Il restera jusqu’au 18 août dans l’appartement d’Ardin, mais se rend entre temps chez Sofia Wilen, dans l’après midi du 16 août (4). Il passera une nuit avec elle avant de retourner à Stockholm.
Ils ont deux relations sexuelles, et bien qu’elles soient consenties, il semblerait qu’Assange n’ait pas utilisé un préservatif lors de leur relation. Il rentre à Stockholm dans la matinée, et pendant qu’il effectue le trajet retour, Sofia Wilen s’inquiète d’une possible MST, et joint Anna Ardin par téléphone.
Elles continuent à communiquer par sms, puis se rendent le 20 aout (5) au commissariat central de Stockholm, afin d’obtenir des informations sur leur recours à l’imposition d’un dépistage sur la personne de Mr Assange, au cas ou il refuserait. Anna Ardin s’y rend principalement pour soutenir Sofia Wilen. Lors de l’entretien, un policier leur annonce qu’ils comptent arrêter et interroger Assange pour viol et abus sexuel. Wilen fut tellement ébranlée qu’elle refusa de continuer à témoigner ou de signer le procès verbal établi.
Mais l’enquêteur en charge de leur audition interprète leur récit comme un délit, et délivre un mandat d’arrêt contre Assange.
Il se rend le 30 août au commissariat, pour y être entendu(6). Les autorités Suédoises l’autorisent à quitter le pays, jugeant qu’il n’y a pas matière à le retenir pour de plus amples poursuites. Il quitte la Suède le 27 Septembre et se rend à Londres.
Des manœuvres sans précédent
En Suède, le procureur en charge de l’affaire escalade dramatiquement cette affaire: il réouvre l’enquête et délivre un mandat d’arrêt international.
Les équipes d’avocats d’Assange font alors tout leur possible pour obtenir des garanties qu’il ne sera pas extradé aux États-Unis. Et ils font donc appel de la première décision Anglaise d’une extradition vers la Suède. Elles seront toutes déboutées, à trois reprises, jusqu’à la cour suprême.
C’est alors que ce dossier prend un tournant des plus retentissants. William Hague, ministre britannique des affaires étrangères, menace l’ambassade d’Équateur de révoquer son statut et d’effectuer un raid pour arrêter Mr Assange.
Il provoque un tollé international. Le président Équatorien Rafael Correa convoquera une rencontre extraordinaire des pays de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA)
Pas une seule juridiction étrangère ne s’est rangée derrière la stratégie de déstabilisation et d’intimidation du gouvernement Anglais. Même au beau milieu de la guerre froide, les pays respectaient l’inviolabilité d’une ambassade. Cette manœuvre est incompréhensible, injustifiable et non conforme aux principes établis du droit international. (Convention de Genève)
Il a par ailleurs été révélé que le coût des opérations de surveillance de l’ambassade Équateur à Londres par la Metropolitan Police s’élève à 65000 Euros par jour, et que le contribuable Anglais a déjà réglé une addition de plus d’un million de Pounds dans cette affaire.
Étant donné les moyens mis en œuvre, il apparaît de plus en plus clair que l’affaire de violence sexuelle, sans toutefois la remettre en cause, est utilisée à d’autres fins. L’ancien ambassadeur Anglais pour l’Ouzbékistan, Craig Murray, a lui aussi été accusé de crimes sexuels. Il aura mis un an et demi à blanchir son nom. Il venait de dénoncer la collusion entre la CIA et MI6 dans les vols de restitution extraordinaire*…
(1) Traduit de la retranscription du reportage de l’émission “Four Corners” intitulé “Sexe, mensonges et Julian Assange” ABC http://www.abc.net.au/4corners/stories/2012/07/19/3549280.htm
(2) http://elpais.com/elpais/2012/08/19/inenglish/1345402797_273433.html
*(“rendition flights”)
(3) “but she came home on the that Friday night - 13th of August - and then they had co…sensual sex” (http://www.abc.net.au/4corners/stories/2012/07/19/3549280.htm)
“JA: Yes we had a sexual relationship from the, Friday the 13th” (http://rixstep.com/1/20110130,01.shtml)
(4) “The following day, August the 16th, Assange had sex with Sophia Wilen at her apartment” (http://www.abc.net.au/4corners/stories/2012/07/19/3549280.htm)
(5) “On 20 August 2010, two women came to Swedish police inquiring whether it was possible to require that Julian Assange be submitted to an HIV-test.” (http://en.wikipedia.org/wiki/Assange_v_Swedish_Prosecution_Authority)
(6) “On 30 August, he was questioned by the Stockholm police” (http://en.wikipedia.org/wiki/Assange_v_Swedish_Prosecution_Authority)
(Source: leplus.nouvelobs.com)
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